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mercredi 10 décembre 2014

Séance de décembre 2014 #3 (Les plantes obsidionales)

C'est devant une assistance qu'on aurait souhaité plus fournie (en raison de la concurrence de Claude Vanony à l'Arsenal, des conditions météo frisquettes ou du titre énigmatique du sujet ?) que François Vernier a présenté une conférence sur les plantes obsidionales ce mardi 9 décembre 2014.



Mais qu'est-ce qu'une plante obsidionale ?

Selon la racine latine, le mot vient du bas latin obsidionalis = de siège. On parle aussi de plantes polémochores en faisant référence à la racine grecque plus précise : polemos = polémique, conflit, guerre.

Les plantes dont il est question dans cet exposé sont exclusivement des plantes apparues depuis le 19ème siècle lors de la retraire napoléonienne de 1814, de la guerre de 1870 et de l'annexion jusqu'en 1918, et des deux derniers conflits mondiaux de 1914/18 et de 1939/45.

En ce qui concerne la flore de nos quatre départements : leur absence dans les diverses éditions de la flore Godron (la plus récente, posthume, datant de 1883), puis leur présence dans les études plus récentes de G. H. Parent, et enfin, leur inventaire dans l'Atlas de la flore lorraine réalisé par Floraine entre 2002 et 2012, sont obligatoires mais ne sont pas suffisantes pour prouver leur caractère obsidional. Il faut encore prouver leur lien avec les armées.

Une étude historique des lieux où elles ont été observées permet de préciser les conditions de leur apparition et leur relation avec le passage de troupes étrangères allemandes, russes ou américaines…
Venues pour la plupart de Russie, d'Europe centrale, de Scandinavie, d'Amérique du Nord, ou plus simplement d'autres régions de France, ces plantes peuvent avoir été apportées de façon volontaire (culture) ou accidentelles (paquetage, fourrage…).
Leur nombre, élevé dès la fin des conflits, se réduit d'année en année en raison de leur inadéquation aux conditions locales de climat ou de sol. Cependant, certaines se sont adaptées et font désormais partie intégrante de la flore de notre région, enrichissant sa biodiversité. La potentialité d'invasivité n'est pas à négliger pour l'une d'entre elles.

Dans son exposé, François Vernier a décrit une quinzaine de plantes :

  • La Roquette ou Bunias d'Orient, apportée par les Russes en 1814,
  • la Bermudienne, en 1917/18, par les Américains, dans le fourrage,
  • la Grande gentiane, plantée par les Bavarois pendant l'annexion de la Moselle de 1870 à 1918,
  • le Géranium des prés, déplacé par les Prussiens, également pendant l' annexion,
  • l'Armérie à tige allongée, venue avec les Allemands en 1914/18,
  • le Panicaut géant de Turquie, avec les Russes de 1914 à 1917,
  • la Glycérie striée et le Scirpe vert sombre, avec les Américains en 1917/18, plantes qui se sont développées après le passage de la tempête Lothar ;
  • le Carex brizoïdes ou crin végétal, provient des paillasses des soldats allemands de 14/18,
  • la Potentille de Norvège a été introduite à la fois par les Allemands et les Américains en 1917/18,
  • la Doradille des sources (observée au fort de Villey-Saint-Étienne), le châtaignier (venant de Corse), le Crépide de Nîmes, le Trèfle alpin et la Knautie pourpre ont été déplacés par des troupes françaises de 1914/18 ;
  • la Fausse laîche des renards a été véhiculée par les chars américains qui ont participé aux combats de 1945 à Bourgaltroff en Moselle.

Quelques plantes obsidionales
Photos © Floraine et Paul Montagne

On peut en conclure que l'adage selon lequel "Là où Attila passe, l'herbe ne repoussera jamais" est inexact !

Après avoir répondu à quelques questions pertinentes, François Vernier a dédicacé plusieurs exemplaires de son ouvrage en référence dans cet article.

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